La wahhabisation irréversible de la Tunisie et le néo-impérialisme américain

La wahhabisation de la Tunisie et le néo-impérialisme américain
Par Salem Ben Ammar – 7 août 2012

Paraît-il, les Tunisiens ont fait une révolution ? C’est le plus grand « gag » de l’histoire universelle.

En revanche, si révolution il y a, elle a été l’œuvre des morts et des blessés anonymes recensés du 17/12/10 au 14/01/11 que les Tunisiens ont sali en votant pour les vrais ennemis du pays: les islamistes et les opportunistes revenus tous de leur exil doré en Occident sauf la girouette de Ben Jaâfar.

La révolution la vraie est à venir.

Elle doit être menée sans merci et sans pitié contre tous ces mercenaires à la solde des wahhabites et leur protecteur américain dont le seul but est d’instaurer une suzeraineté wahabbite tunisienne. Nul ne peut contester cette présence trop visible des Américains en Tunisie depuis le 14/10/10. Obama a été le premier chef d’État étranger à avoir adressé ses vœux empoisonnés aux Tunisiens pour le succès de leur révolution. En réalité, c’est une auto congratulation qu’il s’est adressée à lui-même se réjouissant ainsi de la réussite de la première partie de son plan.

Pourquoi a-t-il délibérément choisi l’option d’Ennahdha plutôt que celle des modernistes tunisiens ?

La démocratie n’a jamais été la meilleure alliée économique et politique des Américains. Les exemples de l’Argentine, du Brésil, de l’Afrique du Sud ou du Chili en sont les meilleures preuves.

L’option Ennahdha offre les meilleures garanties que toute autre option pour des raisons évidentes, géographiques et idéologiques. Ennahdha est une des pièces maîtresses dans la mouvance terroriste islamiste. Ses capacités de nuisance en Algérie ne sont pas négligeables. N’avait-elle pas elle-même contribué à la rédaction de la plateforme de la terreur en Algérie celle qui a relié entre eux les membres de la nébuleuse terroriste algérienne. Elle est certes un pion insignifiant sur l’échiquier américain, mais ô combien important par rapport à ses affinités idéologiques avec les islamistes algériens. R. Ghannouchi veut même apporter dans sa corbeille de nouveau fiancée avec Washington, la base militaire de Bizerte.

Offrir un bail emphytéotique à ses protecteurs anglo-saxons en signe de reconnaissance. Les Américains n’ont pas besoin de sa dot, ils ont les deux pieds implantés en Tunisie. La 6ème flotte et leur couverture radar. Son geste est un geste de soumission, d’assujettissement et d’excès de zèle sans plus, car sans l’habile et pernicieux montage du scrutin électoral par les Américains, il n’aura pas bénéficié des privilèges de Chef d’État en attendant qu’il le devienne de plein droit. En toute évidence, c’est grâce à cette mascarade électorale et l’instrumentalisation grotesque de l’I.S.I.E. que les Américains ont ouvert la voie royale à leur protégée tunisienne, donnant à son intronisation des allures toutes démocratiques. Un joli coup de poker menteur réussi par les Américains sous le regard assoupi des Tunisiens. Au lieu de faire débarquer leur G.I.S comme dans le passé, ils ont appliqué la médecine douce sans effets secondaires pour eux. Peu importe le prix du sang que l’on fait payer à l’adversaire tant qu’il ne s’agit pas de sang américain. Leur stratégie, qui pour l’instant s’avère payante, ne coûte pas un cent aux contribuables américains. Elle s’appuie, comme dans un jeu d’échecs, sur les tours wahhabites, que sont Doha et Jeddah, qui financent et contrôlent la mise en musique de la nouvelle Realpolitik américaine. Lesquelles pourraient devenir à terme les souverains aux nouveaux souverains des pays des rivages sud de la Méditerranée. Ni la France, ni aucun autre pays membre de l’O.T.A.N., ne contrariera la politique américaine à cause des retombées commerciales et sécuritaires qu’ils pourraient en tirer.

En créant une nouvelle zone d’influence sous la couleur wahhabite, les Américains et leurs alliés peuvent espérer trouver des nouveaux relais de croissance pour leurs économies, tout en jugulant l’appétit du nouveau bloc émergeant du B.R.I.C.S. qui est en train de les éjecter de l’Afrique Subsaharienne. Nonobstant le péril iranien. Plus de 80% des populations arabisées seraient pro iraniennes. Les enjeux sont multiples et vitaux pour les Américains qui ont compris, à travers leurs échecs cuisants passés, que pour ne pas susciter le rejet et s’épargner l’effusion de sang des leurs, il vaut mieux utiliser les relais des forces locales les plus actives, les moins patriotes, les plus félonnes, les plus veules et les plus vénales.

Qui mieux qu’Ennahdha, le F.I.S. et les frères musulmans, pro américains et Anglo-saxons notoires, pour les aider à la concrétisation de ce vieux rêve qui les obsède depuis les années 50 ? En effet, la doctrine américaine de politique étrangère d’Holstein qui sert de toile de fond à la nouvelle Realpolitik américaine repose sur un simple paradigme : pour conquérir le monde, il faut conquérir tout le bassin méditerranéen. En mettant la main sans coup férir sur la Libye, la Tunisie, l’Égypte, ils laissent le soin aux populations locales de s’entretuer entre elles et de favoriser ainsi leurs desseins hégémoniques et impériaux. Les Américains avancent leurs pions islamistes aux dépens des aspirations démocratiques des peuples frustrés des libertés fondamentales depuis toujours.

Le partenariat américain n’est jamais du gagnant-gagnant. On ne gagne pas entre égaux, on gagne quand le partenaire est dépendant pour ses besoins les plus élémentaires. Autrement dit, seul le maintien de ces peuples dans leur giron peut leur offrir des opportunités de gains importants comme au temps des républiques bananières en Amérique latine. Le sous-développement des uns est un facteur de croissance et de richesse pour les autres. Outre les enjeux énergétiques au regard des richesses minières, gazières et pétrolières dont regorgent le sous-sol des dits pays. Mais pas seulement, il y a aussi l’impérieuse nécessité de création du fameux cordon sanitaire qui les protégera des terroristes islamistes eux et leurs alliés occidentaux. Pour les Américains, leurs frontières extérieures sont partout dans le monde. Mais comme le foyer terroriste est géographiquement localisé, pour l’essentiel dans les pays arabisés, autant le traiter à ses racines.

Quoi qu’il en soit, les islamistes n’ont jamais été des ennemis invétérés des Américains. Ils sont leurs fidèles affidés. Financés par les wahhabites qui doivent leur survie aux Américains, les islamistes tunisiens ou égyptiens sont là pour appliquer la feuille de route qui leur est fixée. La perte de la souveraineté nationale au nom de la religion qui devient facteur de ralliement entre les peuples hétérogènes que rien ne rapproche pourtant. Ni la langue, ni la religion.

Les Américains à l’instar des Britanniques dans le passé avec les Saouds et les Frères musulmans, croient que la wahhabisation des sociétés arabisées constitue la seule condition sine qua no quant à la réalisation de leurs desseins géostratégiques, géo-sécuritaires et géo-économiques. Il revient aux Tunisiens de démontrer que la volonté d’un peuple est la meilleure arme pour avoir raison de tous ces calculs sordides et impériaux des Américains.

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